Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques

Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques
Je ne parle pas la langue de mon père - 5.5 Ko

Projets 2010

OSSERVATORIONOMADE-MARSEILLE [ Edition - Edition radiophonique ]

Je ne parle pas la langue de mon père

LES AUTEURS

osservatorionomade-marseille
Membre du collectif Stalker, osservatorionomade-marseille est un atelier de recherche interdisciplinaire qui propose des interventions fondées sur les pratiques spécifiques d’exploration des territoires actuels.
Les interventions d’osservatorionomade-marseille construisent une cartographie sensible de la ville, des communautés et de leur mémoire. L’atelier privilégie une approche expérimentale par la marche, l’écoute et l’échange. Il travaille selon un principe de dialogue entre les artistes, les scientifiques et les habitants. L’intention est que cette pratique puisse faire émerger des processus évolutifs auto-organisés de renforcement des liens sociaux et des relations à l’environnement actuellement absentes de ces territoires délaissés.
Interventions dans l’espace public, marches urbaines publiques, rencontres et tables rondes, ateliers, publications, projections et recherche graphique sont les outils de restitution de cette démarche collaborative et expérimentale.

Laurent Malone
Photographe, vit et travaille à Marseille.
Laurent Malone arpente depuis une quinzaine d’année les villes d’Europe, d’Amérique, d’Asie et d’Afrique dans une perspective d’analyse et de documentation des territoires. Il place la marche au cœur de son processus photographique, réalisant ses traversées selon des protocoles préalablement définis : parcours suivant des lignes droite, etc. Il construit ainsi une chronique obstinée des mutations urbaines avec une attention pour les usages non-planifiés de l’espace public et la mise en avant de la notion de résistance : occupation des passerelles d’autoroute ou de la banque centrale de Hong Kong par les travailleuses philippines, traversée de New-York en ligne droite en direction de l’aéroport JFK avec l’artiste Dennis Adams, occupation d’un terrain vague à Marseille, marche en direction de Corviale à Rome… Ses observations ramènent sans cesse l’architecture urbaine à l’échelle de l’occupation humaine.


L'OEUVRE

© Malone - 25 Ko

© Malone

Belsunce, notre territoire d’ancrage.
Depuis 1993 notre atelier est situé au cœur de Belsunce, rue Francis de Préssensé. Entre la gare et le port, Belsunce se caractérise par un enchevêtrement de petites rues délimitées par des boulevards, lignes symboliques de partage.
Théâtre des vagues successives de migration, le quartier de Belsunce nous raconte l’histoire de l’immigration de cette ville, mais aussi de la colonisation et de la décolonisation comme un révélateur de notre société.Ces flux migratoires ont façonné cet espace de passage et de transit.
Depuis les années 80, ce quartier multiculturel a peu a peu abandonné cette vocation pour devenir un quartier urbain plus classique. Il appartient depuis 1997 au périmètre de réhabilitation urbaine du centre ville. Vieux immigrés à la retraite, population vieillissante, familles, artistes, étudiants s’y côtoient actuellement sans forcément se connaître.

Les Chibanis
Depuis les années 60, le quartier a accueilli de nombreux travailleurs immigrés vivants seuls ici. Ils se sont installés là, mais aussi dans les quartiers périphériques de Belsunce et on les nomme aujourd’hui “Chibanis”, qui veut dire ancien en arabe. Souvent ils mangent seuls en silence face à la télévision dans les restaurants du quartier. Ils sont assis sur les bancs de la place ou devant le centre médical à discuter. Cet isolement est lié à une double perte : la perte de leur statut de travailleur qui légitimait leur projet d’immigration et la perte des liens affectifs avec leurs familles et leur milieu d’origine. Entre un retour impossible et une présence difficile, ils choisissent souvent de faire l’aller-retour entre la France et le pays d’origine. Ces navettes sont, pour certains, une façon de se réconcilier avec leur propre histoire, leur passé et leurs habitudes oubliées.

En amont du projet : une rencontre
Monsieur Seradj et Laurent Malone se sont rencontrés en novembre 2003 sur un terrain en attente d’aménagement avenue Roger Salengro. M. Serradj est l’un des habitants du hangar présent sur le site et Laurent Malone y mène une chronique documentaire. Trois livres, ”Habiter Marseille”, témoignent de la vie de Monsieur Seradj et lui rendent hommage. M. Serradj vient régulièrement déjeuner ou dîner rue Francis de Pressensé. Belsunce est son quartier d’adoption. C’est là que M. Seradj et Laurent Malone se retrouvent pour parler, boire un thé. Au fil de quatre années, une amitié silencieuse entre eux se noue. Il ne voit ses enfants que de temps en temps. Il dit ne plus vouloir retourner en Algérie ; pour y faire quoi, sans famille, dans un pays qui a beaucoup changé. Après tant d’années à travailler en France, il est chez lui  ici et veut pouvoir toucher sa retraite.  Monsieur Serradj est un “Chibani”.

Les deux rives
Au-delà de l’histoire de M. Serradj, cette rencontre entre deux personnes nous a fait mieux connaître le groupe social que sont les Chibanis. Ces Chibanis vivent une fracture entre deux pays, mais il s’agit aussi d’une fracture générationnelle qui n’est pas dite, pas réparée. La transmission avec leurs enfants et petits enfants ici et là-bas n’a pas eu lieu. Ces hommes, isolés et silencieux, semblent être oubliés.  Leur rôle de “passeurs” culturels, c’est à dire relais de l’histoire dont ils sont porteurs n’apparaît pas aujourd’hui.  Leurs enfants restés au pays connaissent-ils leur vie ici en France ?
Ceux nés ici connaissent souvent mal leurs origines et, partagés, entre deux pays et deux cultures sont condamnés a faire du bricolage identitaire. Car le regard porté sur eux reste scellé du poids de l’immigration sans que la transmission n’ait pu se faire.

Rupture, filiation, transmission : les jeunes
Les jeunes de 12 à 18 ans que l’on continue à appeler français issus de l’immigration, ou de la “troisième génération” sont confrontés à une rupture dans la transmission de leur histoire familiale.
Ils ne peuvent donc pas s’inscrire dans une généalogie et restent dans un imaginaire inconnu. Ils sont coupés de leur histoire, leurs parents ayant parfois choisi de ne plus parler leur langue maternelle ressentie comme accentuant leur altérité. La langue est pourtant le premier vecteur de la culture, expression de l’identité. La langue n’est pas une simple nomenclature de mots mais traduit une vision du monde et sous-tend une culture. Leur identité se construit selon un double processus d’identification et de différenciation car ces jeunes de la “troisième génération” mélangent les langues. Ils mixent le français et l’arabe et créent ainsi une nouvelle langue constitutive d’une nouvelle identité.

Le projet : je ne parle pas la langue de mon père
Comment redonner une fonction sociale à ces hommes, les Chibanis, venus travailler en France dans les années 60 ? Comment leur permettre de transmettre leur histoire, non pas par des récits réalisés par d’autres mais par eux-mêmes, avec leurs mots, avec leur langue ? Mais quelle langue ?  Qui sont ces jeunes vivant ou venant à Belsunce, quelle est le fondement de leur identité, connaissent-ils leur histoire ? Connaissent-ils la langue de leurs pères ? Quelle est leur langue ?
C’est à partir de ces interrogations que nous avons pensé notre action : une rencontre entre un groupe de Chibanis et des jeunes de Belsunce élaborant ensemble un abécédaire bilingue et sonore sur leur quartier, leurs expériences de vies, leurs mémoires. Dans un premier temps, des marches urbaines permettront de se connaître, se raconter et recueillir la parole de l’autre. Ensuite, lors d’atelier de création sonore, les récits seront montés pour créer l’abécédaire enregistré sur CD. Des diffusions publiques seront organisées dans des structures partenaires, lors d’un repas sur la place aux hommes et dans une librairie. La diffusion se fera également via Internet, des diffusions radiophoniques et des dépôts du CD dans des lieux de ressources comme les bibliothèques.


LE CONTEXTE PAR RAPPORT A IPM

Ce projet intergénérationnel redonne la parole et un rôle social aux chibanis par la transmission aux jeunes de leur histoire. Renvoyés à cette généalogie dont souvent les jeunes sont coupés, ce projet contribue à réduire leur fracture identitaire. C’est aussi un échange et un apprentissage des langues parlées par les chibani pour une meilleur maîtrise et une aisance à la prise de parole. Par la création d’un abécédaire, nous voulons valoriser les identités, les parcours, les mémoires de l’exil et leur prise en compte au sein de la société.


L'AGENDA

Temps 1 : février-mai 2011 marches urbaines.
Temps 2 : juin 2011 atelier création de montage sonore.
Temps 3 : juin-juillet 2011 diffusion.


LES CONTACTS

osservatorionomade-marseille
Laurent Malone
19a rue Francis de Pressensé
13001 Marseille
T. 04 91 91 17 07
F. 04 91 56 65 03
info@osservatorionomade-marseille.com
www.osservatorionomade-marseille.com
www.laurentmalone.com


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