Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques

Les héritages culturels régionaux via les formes artistiques
De la rue de la République - 7.0 Ko

Projets 2008

COMMUNE - MARSEILLE [ Photographie - Edition ]

De la rue de la République

L'AUTEUR

L'association Commune a pour buts :
- de permettre à des artistes de concevoir, créer et réaliser des interventions pour l’espace public.
- d’organiser des rencontres entre artistes, commanditaires, chercheurs, ou toute autre personne sensible à la création contemporaine dans cet espace, afin de poursuivre la recherche et la réflexion sur toutes les questions esthétiques et politiques soulevées par ces interventions.

L’association Commune existe depuis 1996 et est active depuis 1998. Considérée par les artistes comme un outil de travail, elle leur a permis de proposer des interventions pour l’espace public, éphémères ou pérennes, à Marseille, en France ou à l’étranger. L’espace public y est entendu dans toute son épaisseur, dans toutes ses dimensions :
spatiales, historiques, sociales, poétiques... L’espace public est par définition accessible à tous, la création artistique, gestes et œuvres, peut y prendre corps et place au milieu des choses : l’espace public, très simplement, comme l’autre lieu de l’art. Par le choix même de ce lieu d’apparition – qui rend possibles et nécessaires les moments où se croisent les regards des artistes, de leurs commanditaires, de chercheurs, d’habitants, d’usagers – chaque intervention est également un processus de rencontres. Mais nous aimons aussi franchir quelques frontières et questionner nos pratiques en les mettant en forme et en débat dans les lieux « protégés », musées ou galeries, où l’attention et la critique portées aux créations peuvent se concentrer et se préciser. Aller d’un lieu de l’art à l’autre, pour maintenir à vif le désir de créer ?

L’association a d’abord poursuivi une création initiée par Laure Maternati et Martine Derain, [Numéro, revue murale d’affiches d’artistes] qui a réuni au cours de ses 4 années d’existence plus d’une cinquantaine d’artistes, photographes, ́écrivains, plasticiens. Commune montre régulièrement ce travail en galerie ou lors de présentations publiques, avec les œuvres créées ultérieurement.

Une longue période de collaboration s’est ensuite ouverte de 1998 à 2005 entre Dalila Mahdjoub et Martine Derain : ont été créées diverses interventions ou propositions à Marseille [D’un seuil à l’autre/perspective sur une chambre avec ses habitants, installation pérenne pour une résidence Sonacotra inaugurée en octobre 2007 et soutenue en 2004 dans le cadre d’IPM], en Suisse [Une vie simple ?, commande de la Galerie Piano Nobile pour la Croix Rouge] ou en Palestine, sur une invitation du Consulat général de France à Jérusalem.
Hassan Darsi, plasticien, et son association La Source du Lion, basée à Casablanca, sont alors devenus de nouveaux partenaires : actions, publications, expositions à Marseille ou à Casablanca, jalonnent cette collaboration poursuivie depuis 2004.
Enfin, depuis 2005, l’association s’est rapprochée de deux chercheurs, Jean-Stéphane Borja, sociologue et Véronique Manry, anthropologue, et d’une documentariste sonore, Caroline Galmot, pour le projet qui fait l’objet de la présente demande d’aide à la production.

L’association reçoit le soutien des institutions publiques (subventions, aides aux projets et à l’investissement) pour les créations et dispose de ressources propres (prestations en photographie et graphisme) lui permettant d’autofinancer une partie des réalisations. L’association ne dispose pas de lieu mais s’associe avec des structures installées au cœur des territoires sur lesquels elle intervient, par exemple ici, Film Flamme, où des projections des films réalisés sur la rue et de nombreuses rencontres avec les habitants ont déjà été organisées.


L'OEUVRE

De la rue de la République
Un travail documentaire et des créations
Note d’intention | Projet en cours dans le cadre d’une recherche-action (1)| 2006

© Martine DerainJ’ai « découvert » ce quartier il y a près de trois ans : un choc. Violence muette des portes murées. Appartements rendus inhabitables par les propriétaires, on dit «dévitalisés». Cette découverte, je l’ai faite dans l’action, avec Centre Ville Pour Tous (2), lorsque cette association dont je suis membre a été alertée par les habitants qui venaient de recevoir les premiers non-renouvellements de baux, suite au rachat de la rue par un fonds d’investissement, Lone Star Funds (3). J’ai grimpé chaque immeuble – des dizaines d’immeubles presque vides mais encore habités.

Cages d’escaliers sombres et sales, espaces publics à l’abandon… Rencontré chaque famille, dit à chacun, non vous n’êtes pas seuls, non ce n’est pas une affaire privée de propriétaire-locataire, de propriété-droit sacré, il s’agit de la ville en son entier, de son devenir. Violence institutionnelle : «Recevoir le non-renouvellement de bail ne signifie pas être mis à la porte. Mais je ne souhaite pas que les 600 familles soient relogées sur place. Le repreneur a l’air de mener la politique qu’on souhaite. Ils ont confiance en Marseille. C’est un signe que Marseille va mieux.» Déclaration de Danièle Servant, adjointe au maire, déléguée à l’habitat et au logement (4). Violence enfin des «médiateurs» de la société Marseille République, émanation française de Lone Star. «Médiateurs»: des mots volés, vidés de leur sens ! payés au nombre de départs : «Vous irez dans les quartiers Nord, c’est votre place ! les travaux que vous avez fait chez vous ? ça ne vaut rien !» (5)… Pas de chez-soi ici pour ceux «qui ne payent pas d’impôts». Penser pauvrement la ville en opposant à nouveau centre/périphérie, stigmatiser encore les cités. Se soumettre à la doxa : les centres-villes sont destinés à ceux qui ont les moyens. Excentrer, éloigner les gens modestes : ce mauvais rêve, encore, d’un centre-ville qui ne serait pas le centre de Marseille…

Et puis une immense colère : des femmes seules, des ouvriers, des chômeurs, des personnes âgées, à qui sont déniés les droits élémentaires et le droit d’habiter là où ils veulent, tout simplement ! Des gens blessés que les discours dévalorisent, délégitiment : «Je continue à payer mon loyer, «sans droit ni titre», je ne suis plus locataire depuis janvier 2005 et j’attends mon relogement, comme c’était prévu dans la convention qui a été signée par Euroméditerranée et le propriétaire. On devait rester dans le patrimoine, avec un loyer modéré. Moi, c’est pour ça que je me bats depuis le début. Ils avaient dit que les habitants seraient intégrés au projet. Nous, on attend que ça, la rénovation, on veut en bénéficier, on veut profiter de tout ce qui est fait pour améliorer le quotidien. Je ne vois pas pourquoi on nous a accepté tant que c’était un quartier un peu abandonné, et puis quand ça va être bien, on n’est plus désirable ?» s’indigne Monique Roussel (6).

Un territoire fait toujours appel à d’autres territoires. J’ai choisi depuis le début de mon activité l’espace public, comme lieu de travail et de création. Ce choix exige l’implication politique de ma pratique. Comment faire exister un projet dans cet espace, lieu de l’altérité et lieu paradoxal de l’hospitalité, sans le désir de l’autre, sans l’invitation au dialogue ? Toutes les formes créées avec Dalila Mahdjoub et Laure Maternati, ont croisé les propositions de chercheurs, d’artistes et d’habitants. J’ai poursuivi cette implication pendant trois ans depuis un atelier/ espace d’exposition, La Compagnie (7), à Belsunce, inscrit dans le programme de réhabilitation du quartier sous le mandat de Robert Vigouroux : l’un des enjeux du lieu était d’interroger les transformations urbaines et humaines que cette réhabilitation provoquait. A Casablanca, j’ai tenté de faire le récit d’un processus de préservation d’un immense parc datant du Protectorat français, qui a conjugué les désirs et les actions d’une association d’artistes, des habitants d’un quartier populaire de la ville et des pouvoirs publics (8).

Reprendre le fil d’une expérience… La rue de la République comme Belsunce ou le parc de l’Hermitage, est un territoire où se confrontent et s’affrontent de multiples visions de la société, des villes, de multiples devenirs. J’ai participé à et documenté la lutte des habitants contre leur éviction programmée, je poursuis aujourd’hui mon implication du côté de la création. Cette recherche-action me permet d’imaginer un nouvel agencement de mes «préoccupations d’espaces», d’autres façons de «représenter» un territoire, de faire de l’art l’expérience réelle, imaginaire et symbolique d’un territoire. Comment rendre compte/témoigner d’une résistance ? Comment construire aujourd’hui des récits, des récits pour aujourd’hui… Il s’agit bien ici pour moi de transformer ma colère, pour ne pas renoncer à l’utopie, à la joie ? L’utopie, dit Rancière, «n’est pas le futur ou l’ailleurs d’un rêve inassouvi. C’est une construction intellectuelle qui fait coïncider un lieu de la pensée avec un espace perçu ou perceptible.» J’ai fait le choix de la photographie, entre beaux-arts et information (à ne pas réduire à l’actualité !) et d’un travail partagé avec les habitants, pour construire ce récit d’une lutte et d’un lieu. Ce nouveau projet fera l’objet d’une publication fin 2008.

M.D. janvier 2007.

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1 - Cette recherche-action, portée par Transverscité, est menée avec Jean-Stéphane Borja (doctorant en sociologie et Véronique Manry, sociologue). Elle s’intitule «Renouvellement urbain à Marseille : centralité populaire et participation citoyenne». Les recherches-actions sont des processus combinant action et réflexion, théorie et pratique. Elles produisent de la connaissance et des outils. Elles peuvent associer selon leur objet des chercheurs, des citoyens (habitants, militants associatifs) et des artistes. Financement Plan Urbain Construction Architecture (PUCA)/Ministère de l’Equipement et Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur (Service Foncier et urbanisme).

2 - Un Centre Ville Pour Tous est une association loi 1901 créée en 2000 à Marseille, qui défend une réhabilitation respectant le droit des habitants actuels à vivre en centre-ville. http://www.centrevillepourtous.asso.fr

3 - Les capitaux de Lone Star proviennent des fonds de retraite par capitalisation américains (enseignants de Californie, pompiers de Dallas…), d’investisseurs internationaux (Gouvernement de Singapour, Emirat du Koweit, Caisse des Dépôts du Québec…) ainsi que des excédents de trésorerie de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. Devenu propriétaire sur la rue de la République de 1289 logements (dont plus de 60% étaient vides au moment du rachat à l’ancien propriétaire P2C) et de centaines de commerces. La réhabilitation projetée est inscrite dans le cadre du périmètre de l’Opération d’Intérêt National Euroméditerranée, qui bénéficie d’un investissement public important.

4 - «Marseille à la sauce texane», Michel Henry, Libération du 30 septembre 2004

5 - De nombreux appartements de ces immeubles hausmanniens ont été entièrement rénovés par les habitants euxmêmes.

6 - Citée dans le film de Thomas Donadieu, La Trace, 2005. Habitante du passage de Lorette, elle a été relogée sur la rue de la République, dans un des logements sociaux obtenus grâce à la mobilisation des habitants.

7- www.la-compagnie.org. Voir le projet que j’y ai réalisé avec Dalila Mahdjoub, D’un seuil à l’autre [Perspective sur une chambre avec ses habitants] – 2003/2007

8 - Echo Larmitaj, un chantier à Casablanca. Editions le Fennec, Collection Poche Patrimoine, Casablanca, 2006.


LE CONTEXTE PAR RAPPORT A IPM

Les habitants de la rue, qu’ils soient venus d’Italie, d’Espagne, d’Afrique et de Chine, ou qu’ils soient nés dans les appartements où certains vivent encore, revendiquent des identités et des appartenances multiples. Les plus anciens, ayant passé leur vie dans cette rue ne se voyaient pas la quitter, attachés tout à la fois à son espace urbain et humain. Les habitants les plus récents, familles immigrées venues des quartiers nord, habitants aux revenus modestes ou commerçants maghrébins et chinois, avaient trouvé ici un environnement proche des équipements du centre-ville, qui satisfaisait leurs désirs de « banalisation » pour certains, d’ambition et de réussite sociales pour d’autres.

L’attaque dont ils ont été l’objet ici, toutes origines confondues, reconfigure le problème de la discrimination : l’étranger, ici, était le fonds d’investissement « américain » et le problème n’était pas d’une reconnaissance des parcours migratoires des uns ou des autres – mais plutôt celui d’une injustice qui les frappaient tous, une discrimination de classe. Sans renier leur histoire, leurs mémoires, il s’agissait alors d’affirmer leur légitimité à vivre  dans le quartier de leur choix et d’exiger l’application du régime de droits et de protection que la République se doit d’apporter à chacun de ses citoyens. Le sentiment d’injustice était en effet partagé : la réhabilitation mise en œuvre leur renvoyaient indistinctement leur « non-conformité » à la norme de la population rêvée et leur illégitimité à participer à la ville renouvelée.

Un sentiment qui fut sans doute le ferment de la mobilisation et qui a permis que tous bénéficient des fruits d’une résistance collective, et qui déplaçait la question des appartenances identitaires. Il ne s’agit pas pour autant de fantasmer une « identité marseillaise » dépassant toutes les autres, de nier les conflits qui se sont faits jour tout au long de cette épreuve ou de ne pas noter la faible participation de certains habitants, mais de voir autrement : cette mobilisation, exemplaire sans doute, permet de regarder à nouveau et différemment les modalités du « vivre ensemble», la participation à la chose publique, à la constitution du bien commun, à partir du postulat de l’égalité de chacun avec chacun...


L'AGENDA

- Phase 1 : Réécriture textes, prises de vues photographiques et enregistrements des entretiens.
> 24 novembre 2008 : Présentation du projet à la Rencontre Régionale en Paca de la CNHI "Les Lieux de Mémoire de l'immigration" (Marseille).
Phase 2 : Création de la maquette du livre.
Phase 3 : Réalisation du montage du documentaire, mixage, gravure et impression.
- Phase 4 : Expositions.
> 19-20 septembre 2009 : Rencontre-projections "Aux habitants de la Rue de la République" au Polygone étoilé 1 rue Massabo 13002 Marseille - 04 91 91 58 23. Téléchargez le programme (.pdf, 319 ko)

Aux habiants de la Rue de la République


LA FICHE TECHNIQUE

- Photographies : prises de vue moyen format 6x7cm et numériques ; tirages numériques grand format.
- Pièce sonore : 50’, gravure sur cd joint au livre, mise en écoute pour la pièce sonore lors des expositions ; diffusion
radio.
- Livre :
impression Offset, format 160x220 mm, broché, 256 pages couleurs et noir & blanc.


LES CONTACTS

Association Commune
contact : Martine Derain
63 Rue Ferrari
13005 Marseille
T. 09 54 20 47 21
commune1@free.fr
La page du projet sur Documents d'Artistes.


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